Lauren : Tu m'expliqueras plus tard quand je reviendrai, j'ai un rendez-vous, je reviens dans deux heures tout au plus.
Je hoche la tête pour qu'elle comprenne que je l'ai très bien entendu. Elle ferme lentement la porte et avant que celle-ci ne soit complètement clôturée, elle me lance un sourire compatissant.
Ellipse temporelle :
Lauren est partie depuis presque deux heures trente et je commence sérieusement à m'inquiéter, même si je sais que lorsqu'on est dans une grande ville comme New York, à cause des transports et du reste, il arrive souvent que cela prenne plus de temps que prévu, mais comme je suis son grand frère, je ne veux surtout pas qu'il lui arrive quelque chose... Tom aussi se demande où elle est. Si elle n'arrive pas très bientôt, il va péter un plomb je crois bien. D'ailleurs Georg et Gustav sont avec lui depuis qu'il a commencé à faire les cents pas, ils essaient de le calmer mais quand Tom est comme ça, c'est dur de le faire changer de comportement!!!
D'où je suis, j'entends très bien la porte d'entrée qui claque. Je sursaute violement et d'un pas précipité, je cours jusqu'à la porte. Lauren est là, elle se tient debout devant moi. Elle semble surprise.
Lauren : Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?
Bill : QU'EST-CE QU'IL Y A? QU'EST-CE QU'IL Y A? TU T'INTÉRESSE ENFIN À NOUS. MERDE LAUREN, ÇA FAIT UNE HEURE QUE L'ON T'ATTEND. OÙ ÉTAIS-TU? TOM EST À L'ÉTAGE ET IL N'ARRÊTE PAS DE S'EN FAIRE POUR TOI DEPUIS AU MOINS QUARANTE-CINQ MINUTES!!!...ET MOI AUSSI, J'ÉTAIS INQUIET POUR TOI. TU NE TE RENDS PAS COMPTE DE CE QUE TU AS FAIT. J'AI EU PEUR BON SANG, EN UNE HEURE J'AI EU LE TEMPS DE ME FAIRE TOUS LES SCÉNARIOS DANS MA TÊTE, TOUS SANS EXCEPTION. JE TE CROYAIS PERDUE, MORTE, KIDNAPPÉE OU PIRE RETROUVÉE PAR DES MALFRATS!!!
Sans un mot de plus, je tourne les talons. Je dois vraiment me calmer, mais vraiment. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris de lui parler de la sorte et maintenant que c'est sorti, je regrette amèrement ces paroles. Je suis vraiment égoïste et je m'en rends compte parce que s'il y a bien une personne qui se préoccupe de nous à part nos parents et David, c'est bien elle. Elle nous a déjà sauvées la vie et on dirait qu'en l'espace d'un instant, j'ai oublié cela. Lauren ne nous aurait jamais fait ça, je ne sais même pas comment j'ai pu en avoir seulement la pensée. Je dois me vider l'esprit, repensé à ce que je dis. Pauvre elle, je l'ai laissée planter là, dans l'entrée, elle était complètement abasourdi, elle ne pensait sans doute pas que je lui parlerais de cette manière. Comment j'ai pu être aussi agressif, comment? En tout cas, je dois me retrouver seul pour faire le point, après, il faudra bien que j'aille m'excuser et que j'assume mes actes. Je n'avais aucun droit sur elle. Pourquoi moi je lui ai parlé sur ce ton, elle, elle ne me l'aurait jamais fait, ni à moi, ni à quiconque. Elle respecte bien trop tout le monde pour ça. Lauren dévoue pour moi un très grand respect, mais maintenant, qu'est-ce qu'elle va penser de moi? Je me sens soudainement pas à la hauteur de l'amour de Lauren, je ne la mérite pas j'en suis sûre.
Je m'enferme dans ma chambre en essayant tant que possible de ne pas claque la porte quoique cela soit dur pour moi en ce moment. J'entre et pousse un long soupir de soulagement. En bas, il doit régner une tension monstre et ça, tout simplement à cause de moi. C'est alors que je me rends compte que la bombe à retardement à finalement exploser et elle a explosé en plein dans la face de celle que je ne voulais surtout pas. Je saute sur le lit et m'étends, je mets mes mains derrière ma tête et ferme les yeux ; une irrésistible envie de m'évader d'ici seulement pour quelques minutes. Alors que je commençais à m'endormir, j'entends quelqu'un frapper à ma porte, mais celui-ci n'entre toutefois pas, je devine alors que ça doit être soit Lauren puisqu'Hélia et Andréas sont partis depuis une demi-heure faire l'épicerie. Je prends un grand soupir et appréhende sauvagement ce qu'il va se passer quand ma s½ur va franchir le seuil de cette porte, qui, maintenant, me sépare du reste du monde et me protège en quelque sorte de ma stupidité. Je finis tout de même par lui parler.
Bill : Tu peux entrer.
La porte s'ouvre lentement dans un grincement. Lauren passe sa tête dans l'entrebâillement et je vois qu'elle fait une tête d'enterrement. Comment ai-je pu lui faire ça, à elle surtout, comment?
Je lui souris pour l'encourager à avancer plus et à entrer. Elle ouvre finalement complètement la porte et la referme tout de suite après comme ça, ce qui se passera dans cette chambre restera dans cette chambre. Elle vient s'étendre à côté de moi et se tourne sur le côté pour mieux me voir. Elle me parle et sans que je ne me sois préparé à ça, elle commence à pleurer. Elle se confond en excuse, elle fait tout ce que je ne voulais pas. Elle me dit que c'est de sa faute si je me suis fâché, si je lui ai crié dessus, elle pleure et implore mon pardon. Je me sens extrêmement mal dans ma peau parce que je sais qu'elle le fait parce qu'elle a eu peur de moi. Quelque part en elle, elle doit me confondre avec son père, parce que sinon, elle n'aurait pas resté là à ne rien dire et à m'écouter débiter, elle aurait essayé de se défendre, de dire qu'elle n'avait aucun compte à rendre personne comme une adolescente normale, mais depuis le début je me dis que Lauren n'est pas normal et qu'elle ne le sera sans doute jamais. Je savais et je sais que Lauren est fragile d'un côté, elle est comme une enfant qui se fait disputer et c'est comme ça qu'elle agit en ce moment. Elle se replie sur elle comme elle se repliait devant son père. Elle le fait parce que c'est devenu une habitude, parce que pendant de nombreuses années, elle a agit comme ça. Elle ne sait plus vraiment distinguer du vrai du faux et je m'en veux tellement.
Elle est à côté de moi et elle continue de pleurer en se rabaissant. Je la regarde un moment et j'aperçois qu'elle s'est recroquevillée sur elle-même en position f½tal. Elle a ses mains sur son visage comme si elle avait peur de moi ou plutôt, de comment je vais réagir. Elle a peur que la même scène de tantôt ne se reproduise et moi qui m'était juré de ne jamais lui faire mal, c'est moi qui, depuis qu'elle est sortie de sa prison de verre, lui lance la première pierre. C'est moi, Bill Kaulitz, ancien petit-ami et nouveau frère. Quand j'essaie de m'approcher d'elle pour m'excuser de mon comportement, instinctivement, elle ramène ses pieds contre elle et essaie de rentrer dans le mur, le plus loin possible. C'est effrayant maintenant à quel point je me rends compte que finalement Lauren est véritablement un enfant. Elle n'a jamais grandi, c'est comme une petite fille dans le corps d'un grande. Je ne sais pas comment interpréter la scène qui se déroule sous mes yeux. Je me compte que même si je ne l'ai pas frappé, pour elle, ça l'est tout comme. Pour elle, ça reviens au même que ça soit physique ou non, ça lui a touché le c½ur, le point le plus sensible chez eux et je l'ai touché comme je toucherais n'importe qu'elle homme qui essaierait de ma la voler et qui voudrait lui faire du mal. Je n'en reviens pas...
Hier, j'avais commencé à écrire la suite, mais comme je n'avais pas beaucoup de temps et que je voulais quand même que vous puissiez la lire si ça vous tentais, je l'avais mise en ligne...aujourd'hui, j'avais un peu de temps à tuer, alors j'en ai profiter pour vous mettre la suite qui vient tout de suite après...alors voilà.
Bonne lecture...
Plusieurs fois, j'essaie de m'approcher d'elle, mais à chaque elle se recule tout le temps. Bientôt, elle est complètement contre le mur, il n'y a plus aucune issue et je me rends compte qu'en ce moment elle agit comme une bête sauvage qui est traquée. Elle ne peut aller nulle part car je lui bouche la route. Cette vision me lève d'autant plus le c½ur. Si je pouvais revenir en arrière, je le ferais sans hésiter pour ne pas la voir pleurer. Pour que revoir sur son visage autre chose que ces larmes qui n'arrêtent pas de me poignarder tout droit au c½ur. Aujourd'hui, en cette heure, en ce moment, je ne suis plus Bill Kaulitz, mais n'importe quel homme sans empathie, vidé de toute joie de vivre, je suis devenu n'importe lequel d'entre eux pour elle, j'en suis sûre. La bêtise humaine quand elle me prend...pourtant je sais qu'elle est plus forte que moi et à chaque fois je me laisse prendre dans le jeu, je ne peux y croire. Quand viendra le jour où je saurai véritablement réfléchir avant de poser des actes, quand arrivera-t-il?
Je ne sais plus quoi faire, ce froid, ce malaise, c'est moi qui l'ait crée et pourtant je ne sais pas comment le dissiper. Impuissant, moi? Oui, tout à fait. Quand j'essaie de faire quelque chose pour elle, et vers, je ne le fait pas bien, ou peut-être que si, mais j'oublie qui est véritablement Lauren et j'agis comme j'agirais avec n'importe qu'elle adolescente en pleurs. J'oublie et là est plus grand défaut. J'oublie qui elle est, qui je suis, j'oublie même le monde qui nous entoure parce qu'en fait, je n'existe plus vraiment, plus après ça. Me pardonnera-t-elle un jour? J'essaie de me convaincre que oui, que s'il y a bien quelqu'un qui peut pardonner ici, c'est bien elle, mais en mon fort intérieur, j'en doute sérieusement. Qu'arriverait-il si elle ne le faisait pas? Je serai probablement détruit et même si elle m'excusait, son regard changera sûrement. Les quelques jours que nous avons vécus ensemble, beaux et remplis d'amour, deviendront-ils un simple souvenir, ou pire encore, seront-ils réduits au simple mirage? Si un jour on m'aurait dit que je ferai mal à une fille, j'aurai probablement ri, mais là, pour tout de suite, je ne la ri pas!
Je sors de ma chambre, je suis tourmenté par mon propre fantôme. Je laisse Lauren là, toujours sur mon lit, elle pleure encore lorsque la se ferme derrière elle. Dehors, le couloir est silencieux. C'est un très grand appartement, enfant je l'aimais parce qu'il était spacieux, mais maintenant il me semble trop grand, beaucoup trop grand. J'aurais besoin de quelqu'un en ce moment pour venir me parler, et me dire que ce que j'ai fait n'était pas correcte, quelqu'un qui pourrait m'aider à voir plus clair dans mon comportement, quelqu'un qui saurait me soutenir et me dire qu'elle saura passer par-dessus parce qu'elle m'aime, parce qu'elle tient énormément à moi, mais, tout de suite, dans cette appartement immense aussi bien en longueur qu'en largeur, je me sens seul. J'entends certes les autres parler à l'étage inférieur, mais je suis dans ma bulle, je suis prisonnier de ce sentiment, j'ai l'impression que j'ai froid, un vide total dans mon être. Et si je me sentais comme ça pour le reste de ma vie? J'ai peur, très peur, je suis à la limite d'être terrorisé, cette éventualité m'effraie.
Alors que je suis encore planté dans le couloir avec en bruit de fond, les sanglots de Lauren, Gustav agite sa main. J'étais parti sans doute trop loin d'ici pour avoir aperçu mon ami monté.
Dans son regard, je vois de l'incompréhension. Il scrute le mes pupilles comme si elles pouvaient parler à ma place et dire les réponses à ses questions silencieuses. Je vois sur ses yeux, des perles, il a pleuré je crois, en tout cas, c'est l'impression qu'il me donne. Tout autant que moi, il m'a entendu parler fort conter Lauren, il a sûrement dû être choqué par la manière dont j'ai réagi. Jamais, depuis que l'on se connait, il ne m'a vu comme ça, même avec mon frère, parce que oui, l'amour fraternel n'empêche en rien les disputes. Jamais, au grand jamais, je n'ai fait ça, je ne me reconnais plus, aidez-moi!!!
Gustav me prends par les épaules tout en me brassant d'avant en arrière en me disant tout bas :
Gustav : Bill? Est-ce que tu as perdu la tête? Qu'est-ce qui t'a pris de parler comme ça à Lauren. Elle était en retard, oui. On était inquiet, c'est certain, mais ça ne faisait qu'une heure. Tu ne crois pas que tu la surprotège? Ce n'est pas comme ça qu'elle va apprendre à vivre dans le vrai monde. Tu l'étouffes à force. Bill, je sais que tu veux la protéger, mais ça veut aussi dire lui apprendre à faire attention, mais si tu l'enfermes comme ça, comment elle se débrouillera quand nous auront repris les concerts, quand les tournées commenceront? Bill, en tant que grand frère, tu te dois de la préparer. Je sais que tu regrette, ça se voit. Tu as une mine à faire peur mon vieux, mais tu dois te reprendre. C'était une erreur, même en connaissant très peu Lauren, je sais qu'elle comprendra. Arrête de te blâmer, arrête tout de suite parce que tu te fais du mal. Il y a déjà Lauren qui ne va pas très bien, ne t'y mets pas aussi. Ce n'était qu'une simple erreur, ça arrive à tout le monde. Imagine-toi si le monde arrêtait de tourner à chaque fois que quelqu'un ferait une niaiserie, le monde serait figer dans le temps. Reprends sur toi, c'est le temps.
Bill : Mais Gustav, je lui ai fait mal. Je ne sais plus quoi faire.
Gustav : Commence par retourner dans cette chambre. Essaie de te faire pardonner.
Bill : Mais j'ai essayé, mais elle se replie sur elle-même.
Gustav : Bill, tu connais ses problèmes, tu sais que c'est normal qu'elle réagisse comme ça. Prends ton mal en patience, quand elle verra que tu es toujours là, que tu tiens fermement à lui parler, elle se rendra compte que tu l'aimes vraiment. Fait un effort, s'il vous plaît...essaie...
Je ne sais pas quoi rajouter de plus. Je me retire, tourne les talons et entre de nouveau dans ma chambre. Lauren n'est plus sur le lit, mais de l'autre côté de la chambre, dans un coin. Elle n'arrête pas de balancer d'avant en arrière, et malgré qu'elle se soit mis une couverture sur la tête et que je l'entende murmurer des paroles incompréhensibles pour moi, je sais qu'elle s'est un peu calmée. Petit à petit, les murmures que j'entendais auparavant me sont plus distincts, en fait elle est entrain de se chanter une chanson comme un enfant. Je ne comprends pas les paroles ou du moins que quelques-unes. L'anglais n'étant pas mon point fort, comment saurais-je parler le français, langue qui m'est inconnue même si mes nombreux voyages dans les pays francophones, tel la France m'ont immergé dans cette langue très différente de la mienne. Pourtant, je n'ai pas besoin de comprendre ce qu'elle chante pour savoir que c'est triste à s'en déchirer le c½ur... à travers ses bribes qui me parviennent, je crois avoir compris une des nombreuses phrases du refrain...
Ne t'en fais pas je sais qu'il t'aime aussi
Cette phrase, bien qu'elle soit la seule que je comprenne que je sois sûre de sa bonne interprétation, me fait énormément mal au c½ur...un coup de poignard qui ne va plus au c½ur, mais à mon âme. Ma petite s½ur est là, caché sous la couverture, à l'abri des regards, coupée du reste du monde, elle essaie de se convaincre que je l'aime encore...comme si j'aurais pu un jour la détester ou la renier...
Point de vue de Lauren :
Si j'avais su qu'il prendrait mon retard comme ça, je ne serais pas restée plus longtemps pour en apprendre d'avantage sur le passé fastueux de mon père, je serais directement rentrée à la maison.
Bill vient de quitter la chambre, à travers mes pleurs, j'entends la voix de Gustav de l'autre côté de cette porte, j'entends celle aussi de Bill, je sais qu'il ne va pas bien et moi non d'ailleurs.
Je ne me sens pas bien sur ce lit, j'ai l'impression que bientôt je vais tomber dans un précipice entre le lit et le mur, alors je prends la couverture sous moi et me dirige vers l'extrémité de la chambre dans un autre coin, là, je jette la couverture sur moi, je me fais une sorte de cabane comme je m'amusais à faire lorsque j'avais 8 ans et après, lorsque mon père venait de me battre et que j'avais des plaies ouvertes et pleines de sang et que je voulais fuir son regard. La couverture à changer d'utilité à travers le temps, elle ne me sert pas juste à me réchauffer comme le commun des mortels, elle me permet de me renfermer sur moi et d'ériger une séparation entre le monde cruel qui m'entoure et mon corps frêle et dépendant encore des soins des autres. Sans que je ne m'en aperçoive vraiment, je commence ce mouvement balancier que je sais si bien faire à force de l'avoir fait. Lentement, dans un murmure, je commence à chanter la même chanson que je chantais lorsque je vivais encore avec lui. Dans ma tête, tout est changé, certes, mais tout à rester pareille aussi, que ce soit mon père ou que ce soit une autre qui me fasse mal, ça reste la même affaire, on m'a trahi...et Bill aussi m'a trahi. Je lui ai fait confiance, je lui ai tout confié, tout dit, rien caché, je me suis mise à nu devant lui plus que devant quiconque d'autre...et voilà ce qui m'arrive...alors pour me convaincre encore que l'amour ne sert pas comme ça, qu'il vit encore pour moi et pour mon salut, je chante, je chante pour m'évader, pour oublier, pour me fondre dans la masse...mais surtout pour fuir...Oui je sais, je suis lâche, mais je ne me sens pas la force de me battre encore...pas pour l'instant du moins. Alors je cris tout ce que j'ai à crier...je cris dans ma tête et je murmure dans la réalité pour que personne ne me voit tel que je suis...
Endors-toi petite j'te jure
Demain tout ira mieux bien sûr
Oublis ces paroles
Oublis ces gestes qui t'ont... Tant fait souffrir
Endors-toi ma belle je sais
Le provoquer, c'est pas c'que tu voulais
Je sais tu l'aimes, tu n'a pas fais exprès
Encore une nuit
Où tu es seule, accroupie dans ton lit
Où tu as mal, et tu n'as rien compris
Ne t'en fais pas, je sais qu'il t'aime aussi
J'entends quelqu'un entrer dans la pièce, mais je m'en fou parce que pour l'instant, il n'y a que moi qui compte, et même si je chantais fort, qui comprendrait vraiment ce que je chante, qui, dans cette maison parle français...personne à part le cuisinier, mais il est parti ce matin parce que sa mère est morte du cancer hier et qu'il se doit d'être là pour les préparatifs des funérailles. Même si je sens une présence familière dans la pièce et même si je sais qui est là, je ne m'arrête pas, car il faudra bien un jour que je reconnaisse mes tords et un jour, je sais que tout ira mieux...bien sûr, mais ce jour n'est pas encore arrivé. Alors je continue et je ne m'arrête pas parce que je ne veux pas...non, je ne veux pas.
Pourquoi c'est toi
Qui finis toujours dans ses bras
À supplier de pardonner
Des gestes que t'as jamais posés
Je sais, un jour, tu lui pardonn'ras à ton tour
D'avoir cru que c'était d'l'amour
D'avoir volé l'enfance que t'a toujours désirée
Assis tout seul dans le salon
Ton père marmonne ses illusions
Il se fait croire qu'il a raison
Qu'il n'a pas vu les bleus sur ton front
Pourtant il a si mal
Pourquoi est-ce si normal
De tant vouloir t'aimer
Sans cesser de t'faire pleurer
Pourquoi c'est toi
Qui finis toujours dans ses bras
À supplier de pardonner
Des gestes que t'as jamais posés
Je sais, un jour, tu lui pardonn'ras à ton tour
D'avoir cru que c'était d'l'amour
D'avoir volé l'enfance que t'as toujours désirée
Encore une nuit
Où tu est seule, accroupie dans ton lit
Où tu as mal, et tu n'as rien compris
Ne t'en fais pas, je sais qu'il t'aime aussi
Pourquoi c'est toi
Qui finis toujours dans ses bras
À supplier de pardonner
Des gestes que t'a jamais posés
Je sais, un jour, tu lui pardonn'ras à ton tour
D'avoir cru que c'était d'l'amour
D'avoir volé l'enfance que t'as toujours désirée
Point de vue de Bill :
Ce qu'elle chante est magnifique sans doute...j'aimerais tellement comprendre ce qu'elle dit et ce qui se passe surtout dans sa tête. Maintenant, je maudis tous les diables de l'enfer de ne pas avoir fait plus attention en classe. Il faut que je n'ai jamais été un élève modèle, bien que je passe avec une bonne note tout de même dans cette matière, j'aimerais en ce moment en savoir plus sur cette langue...j'aimerais comprendre tout simplement, est-ce trop demandé? Probablement.
Comme me l'a conseillé Gustav, je suis resté avec Lauren toute la journée, je ne suis même pas sorti de ma chambre pour aller manger, c'est Georg qui est venu m'apporter mon repas sur un plateau. Il est revenu par la suite pour amener celui de Lauren, mais elle ne l'a pas touché et on est au milieu de l'après-midi. Lauren a arrêté de chanter depuis presque bientôt trois heures, mais pourtant, elle n'a toujours pas changé de position...et moi non plus d'ailleurs. La Persévérance...elle n'a jamais été mon point fort, à moins que ce ne soit en musique, alors là, je fais de mon mieux, je pratique souvent et beaucoup même si je m'en lasse de toutes ses heures passées à répéter tout le temps la même affaire pour une note parfaite, pour un passage à améliorer...je n'ai jamais été patient, j'ai toujours tout voulu et tout de suite, mais avec Lauren, je sais qu'aller trop vite, c'est comme me jeter dans la gueule du loup, ça ne rapportera rien, ça va même empirer les choses. Je dois faire attention à ce que je fais. Je veux qu'elle sache que je regrette, mais cette situation peut durer éternellement, et alors, aurais-je la force de continuer dans cette ambiance? Je ne sais pas, mais pour Lauren, je ferais tout, même me couper les ailes, je veux qu'elle puisse me refaire confiance comme elle l'a déjà fait. Je sais que ça prendre sans doute beaucoup de temps, mais pour réparer mes erreurs, je dois faire quelque chose et avec Lauren, je ne sais pas toujours quoi faire parce que je n'ai jamais été confronté à ce genre de situation auparavant.
Au cours de l'après-midi, Hélia, Andréas et Tom sont venus pour voir comment ça allait, si la situation s'améliorait, mais à chaque fois, je leur répétais la même chose. Point positif là-dedans, rien ne s'est dégradé, mais ça me tue d'avoir le silence comme seul compagnie. Lauren reste muette depuis trop longtemps à mon goût, et encore une fois, je jette tous les blâmes de la terre sur la stupidité des hommes, et par la même occasion, par mon manque de tact.
Je me dis en mon fort intérieur que si un jour, elle ne réussi pas à me pardonne, qu'il faudra bien me tuer, car sans elle, je ne suis plus moi. Bien sûr il y a mon frère, mon groupe et mes amis, mais comme il est étrange d'avancer dans la vie quand même une infime parcelle de toi reste accrochée au passé...et si je ne m'en remettrais pas, continuerais-je vivre? Et si oui, comment? Comme un fantôme, à l'image d'un vampire qui aspire la vie des autres pour pouvoir survivre, ou tout simplement comme un mort-vivant qui n'a plus rien à espérer de la vie parce que la vie la trahi maintes et maintes fois? Sans elle, je marcherai comme condamné qui s'en va sur l'échafaud, ou comme un malheureux qui s'emprisonne dans sa tête ou peut-être deviendrais-je un de ces nombreux misérables riches qui à force d'avoir fait des faux pas sont tombés en entier dans un gouffre. Je redoute le point de non retour car j'ai peur de franchir cette ligne qui me sépare de l'espoir pour finir dans l'abîme.
Les minutes passent et les heures aussi, il fait bientôt nuit à New York. Je regarde de là où je suis les nombreuses lumières de cette ville, les même qu'hier, mais maintenant tout est différent, tout. Du coin de l'½il, je jette un regard sur la couverture où se cache depuis environ 8 heures ma s½ur. Aucun mouvement ne parvient jusqu'à mes yeux...mais peut-être a-t-elle bougé et comme d'habitude, j'ai été aveugle.
Je me lève de mon lit car je sens la fatigue dans mes fesses et dans mes jambes. Lorsque je suis finalement debout, je me sens bien et j'en profite pour m'étirer tous les muscles possibles. Je marche un peu dans la chambre, je fais surtout des cercles, allant d'un côté pour enfin changer d'avis, et aller de l'autre sens. Par moment, je me plante devant les fenêtres pour regarder la beauté de la ville, mais pourtant je ne suis pas capable d'apprécier ce paysage et ce moment, je suis bien trop préoccupé pour simplement avoir l'idée de penser à autre chose.
J'entends quelqu'un frapper à la porte et la personne entre. Je me retourne et j'aperçois Gustav qui vient s'assurer que tout va bien. Il entre doucement dans la chambre et vient près de moi, il pose une main sur mon épaule gauche.
Gustav : Ne t'en fais pas Bill, laisse-lui encore un peu de temps.
Bill : Oui, mais combien au juste. Depuis la dernière fois que tu m'as parlé aujourd'hui, rien n'a avancé.
Gustav : Tu as essayé de l'aborder?
Bill : Non, je me disais que si elle voulait vraiment me parler, elle le ferait, mais elle ne réagit pas depuis de longues. Elle est dans la même position depuis que je suis rentré ici. Rien n'a changé!
Gustav : Tu peux essayer, là, non? En plus, je suis avec toi.
Je m'avance doucement vers cette forme aux contours indistincts. Je me mets en petit bonhomme et quand je parle à Lauren, celle-ci lâche une sorte grognement qui me fait sursauter. Ce son me fait peur, mais je prends mon courage à deux mains et refais une nouvelle tentative. Lauren ne me réponds pas, mais elle ne grogne pas non plus.
Je lui parle comme ça pendant proche de deux heures. Je lui parle d'une voix douce. J'attends une réponse de sa part depuis le début, mais celle-ci en fait que m'écouter et parfois pour me répondre, je la vois hocher de la tête en dessous des couvertures.
De longues s'écoulent encore et je commence vraiment à désespérer, quoi faire? Quoi faire? C'est la seule et unique question qui me vient en tête, mais à chaque fois que je me la pose, je ne trouve pas de réponse. Bientôt, c'est la nuit avancée et je commence vraiment à m'endormir, mais je ne sais pas si c'est une bonne idée de dormir, je devrais peut-être continuer de tenter le coup, mais combien de temps faudra-t-il que j'attende pour elle? Finalement, beaucoup trop fatiguer, je finis par m'endormir sur le sol à côté de Lauren, je voulais impérativement rester à ses côtés...
