Je continue toujours à avancer lentement dans la ville sans vraiment savoir où je vais. Le mieux c'est de ne pas y penser! Je commence à avoir vraiment froid et je ne sais pas où me poser pour me reposer. Il y avait certes le parc où on avait été cette après-midi, mais le problème est que je ne connais pas assez la ville pour me souvenir d'où il se situait. La fatigue commence sérieusement à me gagner et pour couronner le tout, j'entends des pas qui n'arrêtent pas de me suivre depuis tout à l'heure. Je commence à paniquer, je commence à avoir sérieusement peur en ce moment, là, toute seule, maintenant. J'avance plus rapidement, mais le bruit des pas qui me parvient semble aussi avoir augmenté la cadence. La personne qui n'arrête pas de me suivre semble décidée à ne pas vouloir me laisser. Elle semble même prendre un malin plaisir à me voir dans cet état. Je commence à pleurer et à regretter mon lit. Bientôt, je me prends à courir dans les rues de la ville, je cours, je cours, je cours, je tourne dans des rues qui me semblent inconnues. Je me précipite chez des personnes et vais frapper à leur porte, mais ceux-ci ne répondent pas et prise de panique, je refais demi-tour et recommence ma course effrénée parmi ces beaux quartiers de riches. Mon c½ur me fait mal...des souvenirs remontent à la surface...des images, des sons...mon c½ur frappe contre ma poitrine, elle tambourine tel une baguette sur une batterie...ma poitrine semble vouloir explosée, elle semble vouloir se libérer, mais sans en être capable et cela me fait de plus en plus mal. À bout de souffle et de force, je m'effondre au milieu de l'allée conduisant au parc que je cherchais plus tôt. Je me relève en m'appuyant sur mes genoux et sur mes mains tout en reprenant le mieux possible ma respiration. Je regarde derrière moi, mais tout est tout tranquille, même trop. Je ne sens pas cette atmosphère, comme le calme avant la tempête. Un silence trop parfait tellement il en vient bruyant. Je réussi même à attendre le déplacement des nuages dans le ciel, le son du vent, j'entends même le ruisseau qu'il y a à 200 mètres de moi. C'en est effrayant et quand je lève les yeux vers le ciel, je vois que celui-ci commence à se couvrir. Ça ne prend pas beaucoup de temps avant que je sente les premières goutes me toucher le visage et bientôt je suis complètement mouillée et c'est le déluge. Que puis-je maintenant faire? Sur l'horloge de la ville, je peux entendre 4 :30 heures sonner. Je me relève, met le capuchon de ma veste sur ma tête, et enfonce mes mains dans mes poches de devant tout en me calant la tête entre les épaules histoire de me réchauffer le plus possible. Un pas après l'autre, j'avance en direction du parc et me choisi un banc sur lequel je me couche. La pluie tombe toujours et moi je pleure des larmes de détresse, en cet instant je me sens seule au monde. Le tonnerre s'y met et de là où je suis, je peux voir quelques éclairs parsemer le ciel qui pleure aussi. J'essaie de me caler le plus loin sur le banc déjà mouillé. Je me roule en boule et j'implore le pardon à ceux qui veulent bien m'entendre. J'ai le c½ur lourd, une boule dans la forge, je cris ma délivrance en sachant bien que ça ne sert à rien, je me replis sur moi, ferme mon esprit et mes yeux, j'essaie de ne plus entendre, je voudrais être ailleurs tout simplement!
Ellipse Temporel :
Le soleil me caresse le visage et m'enlace de sa chaleur. J'ouvre les yeux et souris à la perspective d'une belle journée qui s'annonce à moi. Je m'assoie sur le banc et m'étire le plus possible, encore trempée mais moins malheureuse, je me prends quelques biscuits et un jus en guise de déjeuner pour après me lever pour de bon et prendre la route. De loin j'entends le dong de l'église qui annonce la messe de 7 heures. Je ne sais pas trop quoi faire, alors je me dirige vers la centre de la ville voir ce qu'il peut s'y passer si tôt le matin. Malgré l'heure matinal, je suis surprise de voir déjà pleins de gens s'activer déjà pour leur journée de travail. Certains vont manger dans un café, d'autres cours pour se réveiller tandis que les derniers prennent les moyens en transport en commun. Je me cache dans la foule et me fais un plaisir à regarder le comportement d'un et les agissements de l'autre. Une petite fille s'approche de moi sans toutefois me parler. Elle fait vite demi-tour quand elle entend sa mère l'appeler au loin. Elle jette un dernier coup d'½il dans ma direction avant de partir pour de bon dans les bras réconfortant de celle qu'elle aime. À ce moment, j'ai une envie irrépressible de leur crier ma détresse, mais comme toujours je la refoule au plus profond de mon être et garde ça pour moi. Tout ici me fait mal parce que tout ici me ramène à ma solitude, me fait prendre conscience de ma peine c'est pourquoi je reprends vite le chemin. En marchant, je vois un bout de tissus par terre que je ramasse et que je mets sur mon nez de manière à ce que l'on ne puisse voir que mes yeux. Il est 8 heures tapante et je décide de voir comment mes frères se sentent ce matin, alors je me dirige vers la cours d'école où je pourrai trouver un arbre pour me dissimuler.
10 minutes plus tard, je suis à mon poste et attends sagement l'arrivée de Bill et Tom qui ne saurait tarder. Et voilà que le corps courbé, la tête penché, l'air penaud avec un mutisme assourdissant ils passent tous les deux devant moi. Ils me voient, mais heureusement, ils ne semblent pas me reconnaître ni même m'avoir remarquée, mais tout d'un coup, je remarque que Bill se retourne et se dirige vers moi, je reste figée, il m'a reconnu peut-être? Sur le coup je ne sais pas trop quoi faire, mais quand il n'est plus qu'à quelques pas de moi, je me retourne et me sauve, paniquée.
Point de vue de Tom :
Ce matin je me lève et je suis surpris de voir la maison toute belle, toute bien rangée. Bien que je sache que Lauren fasse le ménage tout les jours, aujourd'hui tout semble parfais et trop calme. Justement, je n'entends rien qui provient de la cuisine et cela me paraît étrange. J'enfile rapidement des vêtements avant d'aller réveiller Bill. Quelques instants plus tard, je me retrouve devant sa porte et lui dis qu'il est l'heure de se lever. Je descends en bas, et n'entends toujours rien à part maman pleurer, je ne comprends pas, mais je ne crois pas qu'elle ait besoin que je lui pose des questions. Inquiet que Lauren ne soit toujours pas là, je me dirige vers le sous-sol où je découvre sa chambre parfaitement rangée, mais Lauren n'est pas là. Je fais le tour de l'étage en croyant naïvement qu'elle est dans la salle de bain, mais quand j'ouvre la porte de celle-ci, rien et sa trousse pour panser ses blessures est toujours sur le comptoir du lavabo. Je commence à paniquer. Je retourne dans sa chambre et ce n'est seulement que là que je découvre deux lettres avec écrit dessus nos noms, je prends celle m'étant destiné et tends l'autre à mon frère qui vient de me rejoindre. On s'assoie sur le lit et comme des automates nous poussons un soupir en même temps. J'ouvre ma lettre pour lire :
Bonjour Tom,
Je sais que quand tu liras ceci, tu m'en voudras et tu auras toutes les raisons du monde de me haïr après ça. Je me sépare de vous pour mener à terme une mission que je me suis donnée et surtout parce que je trouvais injuste, minable et même dégoutant de continuer de vous mentir ou tout du moins, à vous dissimuler des choses dont je ne suis pas fière. Tu découvriras au fil du temps à ne pas faire confiance à tout le monde. À moi-même, tu n'aurais pas dû t'ouvrir autant et j'en suis désolée. J'ai cru bien faire en m'en allant. Tu sais, c'est une prérogative à laquelle j'ai pris beaucoup de temps à réfléchir. N'oublis pas nos bons souvenirs passés ensemble, même si tu me déteste sûrement à l'heure qu'il est. J'ai aimé passer du temps avec vous, tu m'as appris qu'il y a des gens bien sur terre et c'est une des raisons pour laquelle je ne suis plus là avec vous. J'ai été indigne de vous, de votre hospitalité et je m'en veux profondément, ne doutes pas de ça au moins. Ma décision se basait principalement sur un raisonnement peut-être insensé, mais je crois qu'il ne faut pas mélanger les oiseaux du paradis avec les vautours dans mon genre. On n'était tout simplement pas fait pour être ensemble. Je me suis promis de débarrasser le monde de la présence de mon père, mais moi aussi je ne peux et je ne veux vous approcher, du tord je vous en ai assez fait et profiter de votre gentillesse serait immorale, surtout quand j'essaie plus que tout de me repentir de mes erreurs. Je suis partie pour le bien de tout le monde, saches seulement qu'il y a une place dans mon c½ur qui t'es destinée et je peux te jurer que rare sont ceux à qui j'ai donné ce privilège depuis longtemps déjà. Peut-être est-ce que tu t'en fous, mais je tenais quand même à te le dire. Pour votre promesse, je sais que vous étiez sincère dans vos propos, mais je comprends que vous ne vouliez plus de moi, par contre j'ai gardé avec moi les cadeaux que vous m'avez fait, car ils signifient beaucoup pour moi, cela me rappelle que j'ai déjà eu une vraie famille. Encore désolée pour tout ceci, mais je te promets de ne pas te voir si tu ne le veux pas. Ne changes surtout pas pour une fille qui n'a pas eu le courage d'affronter ses peurs et qui a préféré prendre la poudre d'escampette. Je veux que tu reste fort comme tu l'as toujours été pour moi. Je veux que tu reste le Tom que j'ai vu le premier jour à l'hôpital, rayonnant et plein de joie de vivre. Sous tes airs de dragueur invétéré, j'ai découvert un homme doué de sensibilité et qui est là pour son prochain, ne bannie pas cette personnalité de ton c½ur seulement parce qu'une fille n'a pas su regarder devant elle parce qu'elle n'arrêtait pas de regarder derrière, dans le passé. Tu m'as redonné espoir et je ne t'en remercierai jamais assez. Si tu m'as appris une chose, c'est que n'importe où que je sois, je ne serai jamais seule, peut-être ne seras-tu plus là, mais au moins laisses-moi en douter, ne me brise pas cette chimère qui me reste. Ces derniers temps, j'ai vécu sur un nuage, cela furent les plus beaux jours de ma vie, j'ai eu l'impression d'être dans la peau de quelqu'un d'autre, mais il est temps pour moi de retourner de là d'où je viens. Merci encore pour tout.
Salut.
Ta petite s½ur,
Lauren. –xxx-
Quelques larmes s'échappent de mes yeux. Non, au contraire de ce qu'elle peut penser, je ne lui en veux pas le moins du monde. Je m'en veux à moi plutôt, je m'en veux de ne pas avoir su la comprendre et la consoler. Elle doit se sentir seule en ce moment et je ne suis pas là, avec elle. Elle a besoin de moi, de nous, mais nous n'avons pas su entendre ses cris de détresses et ce qu'elle a vécu, la fait divaguer. Elle croit qu'elle ne nous mérite pas parce qu'elle ne nous a pas tout dit, mais je pense que c'est parce qu'elle n'était pas prête à tout nous dévoiler. La Lauren que j'ai vue, que j'ai connue et j'ai côtoyée avec qui j'ai ris, que j'ai consolée, celle-là était vraie et je le sais. N'importe quelle Lauren qu'elle ait pu être auparavant, je m'en fous surtout en voyant dans quelle circonstance elle était. Je ne lui en veux nullement et encore moins depuis qu'elle est partie pour notre salut. Elle a toujours été honnête, j'en suis sur. Pourquoi elle? Pourquoi pas nous? Pourquoi faut-il qu'il existe des choses comme ça, des pères comme le sien? Pourquoi? Pourquoi ne peut-elle pas être tranquille comme nous? Pourquoi ses anciens cauchemars reviennent la hanter sans cesse? Pourquoi? J'ai cru que l'on pourrait l'aider, mais elle est dans un trou sans que nous puissions en savoir la profondeur. J'ignore bien des choses. Elle avait bien raison ma petite Lauren, on connaît très peu de choses du monde parce que nous autres on a toujours été bercé par le doux chant des oiseaux, tandis que de son côté, elle n'entendait que des bombes et des mitraillettes, pendant que nous on riait de bon c½ur, elle, elle criait de douleur. Pourquoi elle et pourquoi pas nous? Pas nous? Pas nous???
Point de vue de Bill :
J'entends quelqu'un frapper contre ma porte et me prier de me lever...c'est Tom!!! Au fond de moi, j'ai un drôle de pressentiment. Je m'habille le plus vite possible, bien quoi c'est le matin et je ne suis toujours pas réveillé!!! Bref, je m'habille et descend en bas, mais quand j'arrive dans la salle à manger, maman pleure! Je lui demande où est Tom et elle me fait signe qu'il est en bas. Je descends donc et cherche Tom en espérant que celui-ci serait plus apte à m'expliquer la situation. Je rentre dans la chambre de Lauren après avoir fait toutes les pièces pour trouver Tom, mais quand je rentre dans celle-ci, elle est vide d'elle, tout est parfaitement rangé, c'est même trop parfait à un tel point que je me doute qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond...ou plutôt qui ne tourne plus rond. Cette chambre, en trois jours a été témoin de tant de douleur, de cris de détresse, de moments partagés, de bonheur, d'espoir et maintenant elle est simplement redevenue comme avant, comme si il n'y avait jamais eu quelqu'un qui avait habité ici. Je regarde Tom...mon jumeau...lui et moi on se comprend tellement, mais pourtant en cet instant je le sens renfermé, je n'arrive pas trop à discerner ses sentiments, la seule chose que je sens vraiment, c'est une grande douleur, peut-être aussi de l'inquiétude et de l'incompréhension et tout ceci a le don de me rendre encore plus sur les nerfs. Et je me repose toujours cette question, celle qui n'arrête pas de cogner dans ma tête depuis quelques minutes. Qu'est-ce qui se passe? Une tension, la maison en est remplie, je regarde un peu la chambre et le soleil entre par la fenêtre, ce sera assurément une belle journée de fin d'été, mais je sens que je n'en profiterai pas? Je ne sais pas et ça m'inquiète. J'entends toujours les sanglots de maman parvenir du haut, je regarde Tom, il a la tête baissé et tiens dans ses mains, deux lettres chacune avec nos noms. Je reconnais l'écriture, c'est celle de Lauren...se pourrait-il que j'ai compris? Non, je ne le veux pas! Pourtant Tom me tend la mienne et de manière peu sûre, je commence à l'ouvrir...
Cher Bill, grand frère de mon c½ur,
Je suis désolée de vous faire ça, mais maintenant que je suis entrée dans vos vies, j'ai le sentiment et la conviction que le mieux pour nous est que j'en sorte tout de suite et définitivement. Vous m'avez tellement appris sur une relation de famille en trois jours, je vous en serai éternellement reconnaissante, mais si j'ai appris quelque chose, c'est que dans une famille, on y trouve sa place et justement le voilà le problème! Vous avez été tellement gentils qu'aujourd'hui j'en ai honte...vous m'avez apportée tant que je ne saurai que faire de toute cette amour, je me convaincs que peut-être au fond de moi, je le mérite, mais je sais pourtant que tout ce que je fais ou tout ce que je dis vont dans un seul sens et sont pour un seul même but : celui de me voiler la face. Même si vous m'avez accueillie à bras ouvert, que vous avez essayé de me mettre en confiance et de faire de ma vie quelque chose de plus heureux, je sais que pour l'instant ça ne se peut pas tant et aussi longtemps que mon passé s'amusera à me tourmenter et à me courir après. Dans cette famille, je ne trouve pas ma place...ou plutôt, oui je l'ai trouvée et c'est peut-être ça qui me fait peur...si tu savais tout ce que je vous ai cachés, si tu savais...tu ne voudrais plus de moi! Je me suis sentie dès le premier jour en confiance, en harmonie, mon monde à moi avait recommencé à tourner...il avait recommencé, tu comprends? Peut-être que ce que je fais est quelque chose d'irréfléchie pourtant je t'assure que des secondes, des minutes et parfois des heures j'y ai réfléchie...oui j'y ai réfléchie avec le peu de rationalité qu'il me reste...mais j'y ai pensé maintes et maintes fois...ne crois pas que j'ai voulu me sauver de mes obligations...c'est justement le contraire! Je veux réparer mes erreurs, mais vous n'êtes pas obligés d'être là pour assister à ça. Je ne veux pas que vous me voyez porter un lourd fardeau...de la pitié j'en ai assez eu comme ça, je recherche quelque chose de plus concret, de l'aide et ça, Dieu sait combien vous m'en avez donnée...pourtant venant de vous, je ne pouvais pas le supporter, qu'auriez-vous fait d'une fille comme moi qui est tout droit sortie d'un film d'horreur? Qu'auriez-vous fait? Sincèrement Bill je n'en sais rien et au point où je suis rendue, je n'ai plus rien à perdre à part vous...c'est pour cette raison que je suis partie...j'ai voulu partir avant que vous ne me regardiez avec dégoût, je voulais garder de vous simplement l'image d'une famille heureuse...je voulais garder un bon souvenir et non celui d'une famille qui se sent dépassée par les évènements. Tu me connais Bill, ou du moins, tu sais des choses sur moi. Tu sais que j'ai toujours été modeste...je n'ai jamais cherché à attirer l'attention, c'est venue naturellement, on me regarde de travers dans la rue, on vous regarde aussi de cette manière quand je suis là avec vous...j'ai vu tout ça. Je vous ai vu avec vos amis, vous riiez, vous aviez tellement l'air d'être heureux, je ne peux pas entrer dans vos vies et la changer comme ça. Je ne vous mérite pas et vous, vous ne méritez pas de m'avoir...je suis une pourriture ambulante Bill. Comprends-le...ne te fais pas de fausses idées sur moi, détruis tes illusions pour ton bien, pourquoi se torturer à comprendre et à découvrir quelque chose que jamais tu ne comprendras et que tu ne découvriras...tu te fais plus mal que de bien à essayer de m'aider. Je vous sens si proches, mais en même temps si loin. Comment est-ce possible? Je sais les efforts que vous avez fait pour moi, mais maintenant c'est terminé, je vous retire ce fardeau...il est à moi et seulement à moi, je n'aurais jamais dû vous en donner une part!!! Personne d'autre ne peut vraiment ressentir ce que je ressens, voir les choses comme je les vois...goûter un moment de plaisir comme je le fais...ou percevoir une situation comme moi je l'interpréterai. Trop de choses nous différencient et quand tu ouvriras les yeux, tu sauras à ce moment que j'ai raison, en tout cas c'est ce que je souhaite croire. Bill, je vous ai menti...ou plutôt, je vous ai caché des choses de ma vie, de moi...je croyais pouvoir recommencer une nouvelle vie, mais comment espérer une telle chose quand tu sais que tu ne fais que courir de peur que ton passé de te rattrape et ne t'engloutisse! Oui j'ai peur Bill, j'ai peur...je suis même effrayée, terrifiée, je suis sidérée comme un enfant qui a peur et qui n'a personne...cette enfant c'est moi plus jeune...je me retrouve enfin, tu vois...cette enfant c'est moi quand tout s'est arrêté, quand elle est partie et que j'ai senti l'étau se refermer sur moi...que j'ai senti le malheur m'envahir d'un coup...que la douleur et la douceur pour moi était devenue pareille...Bill j'ai peur, mais tu vois, j'ai au moins le mérite de me dire que j'irai jusqu'au bout en espérant en ressortir vivante et sinon, je prierai jusqu'au dernier instant et je me dirai que j'ai au moins essayé! Bill, promets que tu m'oublieras, promets-le moi! Rien de tout ceci n'a changé ta vie, tu ne m'as jamais connu, Lauren Kaulitz est un cauchemar auquel tu ne veux pas penser. Elle n'a jamais existé, c'est seulement le fruit de ton imagination. Je ne veux pas que tu ais de la peine, c'est pourquoi m'oublier est la seule solution, mais n'oublies pas ceci...quelque soit mon nom, mon âge, l'endroit où j'habite, je suis une quelconque adolescente qui t'aime...moi je ne vous oublierai pas...je ne t'oublierai pas. Tu comptes beaucoup pour moi et c'est en pensant à vous que j'accomplirai ma destinée...vous me donnerai force et courage. Je veux une vie meilleure pour toi...tu n'as pas à côtoyer ce côté sombre...tu es un fil de lumière et je ne veux pas que tu t'éteindes ou que tu te perds dans mon monde, dans ma réalité. Reste celui que tu as toujours été, pour moi. Reste celui que j'ai découvert...un adolescent, un grand frère remplie d'amour, débordant de joie et de vie, qui a sû aider quelque peu une âme en peine. Reste quelqu'un de bien, ne changes surtout pas...si tu ne le fais pas pour moi, fais le pour ceux que tu aimes. J'ai vu une pure lumière émaner de toi, espérons que je n'ai pas eu le temps de t'atteindre, espérons-le. Si ça pu te faire prendre conscience de quelque chose, c'est sûrement que des jeunes comme moi, il en existe, ouvre un peu les yeux, il y en a partout. Tu n'es pas obligé de les aider comme tu la fais pour moi, simplement de réaliser qu'il y en a et tu viens de leur donner un peu d'espoir, celui d'un monde meilleur. Ne les renie pas, ils ont besoin de soutien et que tu les comprennes, ils n'ont pas besoin de pitié, mais bien de quelque chose de concret. Si jamais je reviens...j'espère cette fois vous mériter plus qu'aujourd'hui...j'espère que j'aurai changé...j'espère et comme on le dit, l'espoir fait vivre...fait vivre...
Ta petite s½ur
Je t'aime
Lauren -xxx-
Elle est vraiment partie! Comment peut-elle croire en ces choses qu'elle m'a dites? Elle a peur et je le sais, ça se sent. Je n'ai peut-être pas été un bon grand-frère? J'aurai dû le voir plus tôt qu'elle avait besoin d'aide...j'aurai dû percevoir ces signes de détresses. Je veux la retirer de ce monde sans pitié et sans aucune chance de surcie.
Tom et moi avons finis de lire nos lettres, nous sommes tous les deux dans nos pensées et on peut nous entendre pleurer en silence. Lauren est où en ce moment? Est-elle toujours en ville ou elle est partie pour de bon? Cette présence, sa présence me manque déjà. Oui, je l'aime et quoi qu'elle ait pu faire, je suis certain que ce sentiment ne changera jamais. Elle n'a personne, elle est seule dans l'abîme. A-t-elle seulement mangé ce matin? Où a-t-elle bien pu dormir cette nuit? Comment ça se fait que je ne l'ai pas entendu partir. J'aurai voulu être là pour elle, l'empêcher de partir et de faire une bêtise, mais je n'ai pas su me montrer à la hauteur de la situation.
Après quelques minutes, Tom et moi nous nous levons et sortons de la chambre. Je referme la porte, je ne veux pas quelque chose vienne déranger cette atmosphère, je veux que sa chambre reste comme elle est pour quand elle reviendra, car oui, j'ai espoir et c'est tout ce qui m'importe. Nous montons en haut et maman est toujours avec Gordon. Ils ont arrêté de pleurer, mais ils se sont enfermés dans leur bulle, ils sont repliés. Une lettre, simplement une lettre. Quand quelque chose de si puissant, quand une si grande douleur, une incompréhension du monde, du tord, de la peur, de la tristesse et de la volonté sont déversés dans une simple lettre, celle-ci a une force qui peut détruire tout et même les plus personnes les plus insensibles sont touchées. Je perçois maintenant Lauren comme une enfant égarée et non plus comme une adolescente, c'est à croire que l'on a sous-estimé sa douleur. J'ai peur pour elle, elle ne connaît pas ce monde. Que va-t-elle faire seule dehors, perdue, oppressée par un monde comme le nôtre. Où peut-elle bien être? Je tends la main vers la lettre qui gît toujours sur la table et quand je la prends, je peux voir que ma mère a relevé la tête vers moi et quand dans ses yeux, il y a de la peur et de l'inquiétude. Lauren est sa fille après tout, perdre un enfant est quelque chose de douloureux, mais perdre une adolescente totalement effacée du monde, une enfant qui ne comprend pas ce qui lui arrive, qui crois que l'on ne l'aimera plus et qui croit que tout est de sa faute est d'autant plus pire. Lauren est une enfant!!! Je lis la lettre en silence avec mon frère à mes côtés...
En ce matin si apaisant, je vous dévoile mes plus sombres secrets, mon histoire de A à Z. Je ne sais pas si vous êtes prêts à tout savoir, mais je vous le doit et je me sentirai coupable de partir sans explication. Je me sens indigne de partager le même air, le même espace et encore plus de recevoir votre amour qui pour moi, n'a pas lieu d'être! Pour que vous compreniez mieux, je commence avec ceci. Je m'appelle Lauren et j'ai 17 ans. Sans le vouloir je suis devenue meurtrière, triste destin que j'ai du suivre non sans résister. Je suis née à Toronto au Canada et j'ai grandit à Montréal jusqu'à l'âge de 5 ans. J'ai déménagé après au États-Unis pour ensuite me retrouver en Angleterre et finalement aboutir en Allemagne. J'ai connu deux garçons très gentils, nous étions d'ailleurs inséparables et dans ce temps-là je n'aurai jamais cru devoir me battre pour ma survie. Mais suite au décès de ma mère, j'ai déménagé avec mon père au l'autre bout de la ville, lieu de souffrance. Cet endroit morbide où j'ai passé toute mon adolescence. Là-bas, j'ai appris les pires vices que je n'aurais pu imaginer. Je vous fais part de ma reconnaissance en vers vous, mais vous, vous ne devez pas m'en donnez, c'est contre nature, c'est contre ce que je souhaite, contre ce que Dieu veut probablement. Le démon s'est emparé de mon âme il y a déjà quelques années, j'ai essayé de tout effacer, mais pour moi, le voyage que j'ai entrepris à ce moment était un voyage sans possibilité de retour en arrière. J'ai commis les pires choses au monde, pires que ce que vous pouvez penser, même votre imagination ne peut imaginer de telles choses! J'ai tué, oui j'ai tué. Tout commence lorsqu'un jour mon père décide que ma mère est de trop dans notre vie. Il l'empoisonne à l'arsenic avec une dose mortelle. Elle est partie peu de temps après et sur son lit de mort, je lui avais promis de rester forte, ce que je fais toutes ces années. Mon père a commencé à se saouler de plus en plus et à fréquenter des personnes faisant partis d'un gang. Il a sombré et il m'a emporté dans sa chute. Il a commencé à me frapper, rien de bien grave, quelques claque, quelques volés, mais un jour il a failli, il m'a enlevé ce que tout enfant possède, mon innocence. Le viol est devenu pour moi, chose courante dans cette maison et avec lui. Ses amis ont commencé également, mais non sans qu'il ne demande quelque chose en retour, je suis devenu ainsi prostitué malgré moi. Ils payaient pour me faire subir les pires sévices toujours plus fous les uns que les autres. Mais mon père n'était pas homme à se contenter de ce qu'il a. Il est revenu un soir d'hiver taché de sang. Il en était couvert de partout, il avait tué son ami Pablo pour une vulgaire histoire de pute qu'il s'était vanté d'avoir sauté. Dès lors, il ramenait souvent des jeunes, adolescents ou adolescentes, peu lui importait, seule l'ivresse du moment comptait seulement pour lui. Il a commencé à les torturés dans la pièce qui m'était habituellement réservé, je ne savais alors pas quoi il faisait, mais je pouvais les entendre crier, le supplier mais rien n'y faisait. C'était moi qui généralement nettoyait la pièce après son passage, et du sang il en avait et leurs membres...dispersés ici et là. C'est d'ailleurs moi qui faisais bruler leur corps. Un jour, mon père a pensé que peut-être je voudrais assister à une des séances. Et pour cela, il m'attachait à une chaise et me mettait devant eux. Je les voyais ce faire torturer devant sans que je puisse y faire quelque chose. Tout séance commençait par le réchauffement, mais pas juste de lui, mais de l'autre aussi, pour ce faire il leur arrachait les ongles à froid. J'étais là, je voyais leur yeux s'exorbiter devant l'instrument tandis que moi j'essayais de me défaire de mes liens, mais sans grand succès. J'ai toujours dit que je n'aimais pas mon père, mais à partir de ce moment-là j'ai commencé à avoir des envies de meurtre. Par la suite, il continuait, il les scalpait, leur arrachait les yeux et les restes à froid. Je n'ai pas le c½ur à vous faire partager ces moments douloureux, je ne vous en dirais donc pas plus sur ça. Petit à petit, son lavage de cerveau commençait à faire son effet et moi-même j'ai commencé à torturer des personnes. Je les entendais crier et pourtant je continuais. J'ai tué une jeune fille de mon âge. C'était l'an passé et quand je l'ai fait, je me suis rendue compte de ce que je devenais et de ce que mon père m'obligeait à faire. J'ai donc commencé à me rebeller, mais mon père ne l'entendait pas de cette manière. Il a commencé à me battre fort, très fort. Cela passait du fouette, au couteau, au viol jusqu'au film pornographique qui m'obligeait de faire sous peine de mourir. Je n'avais pas le choix, je tenais à la vie et j'avais fait une promesse à ma mère, celle de ne jamais lâché prise. Aujourd'hui je me rends compte que peut-être je ne devrais pas être de ce monde. Je ne le mérite pas, j'en viens même à en souhaiter de brûler en enfer pour l'éternité. Il ne m'a jamais aimé, il ne nous a jamais aimé, il était avec ma mère parce que celle-ci lui procurait ce dont il avait toujours voulu : l'argent et le pouvoir. En effet ma mère faisait partie de ceux pour qui la vie avait toujours souris. Mes grands-parents étaient eux-mêmes héritiers d'énormes sommes d'argent et à leur mort, c'est ma mère qui a tout reçu. L'avidité a fini par faire perdre toute raison à mon père. Je suis en quelque sorte morte à cause de lui. Mes raisons de vivre encore un peu, l'emprisonner. Si personne ne me rends justice et à tous ceux qui ont disparus à cause de lui, c'est moi-même qui la rendrait. Je n'ai pas peur de mourir, je me fou carrément de ma vie, elle m'importe peu dans mes heures si sombres loin de cette lumière que j'ai connu jadis. Trop longtemps j'ai souffert et trop longtemps il me hantera si je ne me résigne pas à faire ce qu'il y a de mieux pour tout le monde! Je suis désolé, mais je me dois de partir loin de vous, tout ceci à assez duré, trop de mensonges en si peu de temps. Trop d'amour pour une vipère comme moi! Pourquoi? Pourquoi vous efforcez-vous a essayer de me rendre normale? Je ne sais pas, mais je vous en remercie de tout mon c½ur. Vous m'avez redonnez espoir en le genre humain et c'est grâce à vous que je me tiens encore debout. Merci pour tout.
Lauren
Elle a tué !!! Je n'y crois pas...en temps normale elle m'aurait dégoûtée, mais quand on la connaît et qu'on sait tout ce qu'elle a enduré, il ne faut pas se surprendre qu'elle ait pu commettre un acte comme celui-ci. Peut-être suis-je devenu quelqu'un d'autre, mais je sens que cette Lauren là était tout autre que celle que je connais. Elle s'est laissée emporter et pourtant elle s'est ressaisie. Pourquoi? Elle aurait pu continuer et s'épargner des séances de torture, pourtant elle est revenue sur le droit chemin. Si ça ce n'est pas de la volonté, moi je n'en ai pas du tout alors. J'en viens à me dire qu'avoir été dans une situation comme celle-là, j'aurais probablement fait de même !
Ellipse temporelle :
Point de vue externe :
Ils sortent de la maison. Ce matin aucun d'eux n'avaient eu le c½ur de manger. Lauren, elle ne l'avait sûrement pas fait et c'est par respect pour elle qu'ils avaient jeûnés. Les parents souhaitent une bonne journée à leur fils, même s'ils savent qu'ils n'en auront pas une. C'est un moyen de se voiler la face, de se convaincre que tout s'arrangerait même si dans les lettres, Lauren avait été claire : elle ne reviendra pas. Les jumeaux marchent en direction de l'école et comme à chaque fois qu'il y a quelque chose qui va mal, ils se tiennent la main pour se rassurer. Lentement, ils atteignent la bâtisse en silence, mais Bill perçoit quelque chose derrière un arbre : une silhouette familière qui lui dit quelque chose sans pour autant savoir qui sait. Il lâche la main de Tom et va à sa rencontre. Tom de son côté regarde son petit frère agir. Bill s'approche toujours d'elle et tout à coup, plus rien. Elle a prit peur et elle est partie, mais il y a quelque chose qui tombe de la veste de la jeune fille : une photo avec deux garçons, des jumeaux plus précisément et une jeune fille. Bill reconnaîtrait cette photo parmi des milliers, c'est la dernière photo d'eux et d'elle, leur amie d'enfance. Il relève la tête ver son frère et pose un regard interrogateur sur lui. Il s'approche de Tom et lui montre la photo. En même temps, ils comprennent la situation, ils savent qui elle est.
Lauren leur avait dit qu'elle était amie avec deux garçons, mais qu'elle avait dû déménager exactement en même temps qu'eux avaient perdu leur amie. Ils firent le rapprochement. Lauren Kaulitz, c'était elle sur la photo! Lauren était à deux pas d'eux...